Pssica, Edyr Augusto : un voyage en enfer.

« Ça aurait dû être une journée de cours normal ».

C’est sur cette phrase que s’ouvre Pssica de Edyr Augusto. Pourtant tout déraille très vite, Janalice se fait virer du collège après qu’une vidéo d’elle, faisant une fellation à son petit copain, est fait le tour de l’établissement. Pour la punir, ses parents l’envoient chez sa tante. A partir de là, c’est la descente aux enfers. Violée par le copain de la tante, livrée à elle-même dans les rues Belèm, elle fait de mauvaises rencontres, fume sa première pipe de crack. Puis elle se fait kidnappée et se retrouve prisonnière d’un réseau de prostitution. Tout ça sur quatre pages et demi ! Fin du chapitre un. Bienvenue au Brésil dans la région du Parà. On respire et on y retourne.

Manoel Tourinho dit Portuga, propriétaire d’une épicerie avec sa femme Anna à Curralinho sur les bords du fleuve. Une nuit, ils sont attaqués par des ratos d’àgua, les pirates de l’estuaire de l’Amazone. Anna est prise en otage. Elle sera retrouvée quelques jours plus-tard, morte et demenbrée. A partir de cette nuit-là Portuga ne vit plus que pour se venger. Fin du chapitre deux. On respire et on y retourne ?

Pssica est le premier roman d’Edyr Augusto que je lis. Et je dois avouer que j’ai bien failli abandonner dès le premier chapitre, surpris par le style de l’auteur : des phrases très courtes, comme assénées, pas de saut de ligne entre les dialogues et la narration, très peu de descriptions. Tout nous est livré de manière brut, au lecteur de se débrouiller avec ça. Pour autant, une fois accepté le parti pris de l’auteur, Pssica se révèle être un excellent roman. Avec une économie de moyen, Edyr Augusto nous immerge dans cet univers sombre et violent où la frontière entre le bien et le mal est ténu, pour ne pas dire inexistante. On se prend en pleine tête, la brutalité de ce monde, et l’ambiguïté de l’espèce humaine. Dans ce voyage hallucinant qui nous mène de Belèm à Cayenne, la tension ne retombe jamais. Et une fois le livre refermé, on se souvient encore longtemps de la rage et de la colère sourdes qui traversent Pssica.

Pssica, Edyr Augusto, Ed Asphalte, traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos, 2015, 15 euros

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s