Dans la dèche à Paris et à Londres, George Orwell

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Je n’avais pas relu Orwell depuis l’incontournable 1984, livre culte s’il en est, à lire ou à relire (surtout en ce moment).

Nous sommes avant la seconde guerre mondiale, aux alentours de 1930. Arrivé à Paris dans la très cosmopolite rue du Coq d’or, Orwell vivote tant bien que mal en donnant des cours d’anglais et en vendant des articles de presse. Malheureusement pour lui, son ordinaire qui n’est déjà pas très reluisant va considérablement se compliquer après qu’il se soit fait dérober une partie de ses économies. Avec son pote d’infortune, Boris. Un fils de bourgeois russe qui a fuit la révolution, ancien soldat, ancien garçon d’hôtel et nouveau pauvre. Ils montent quelques combines pour gratter un peu d’argent avant de découvrir les « joies » de l’hôtellerie à Paris. George Orwell va travailler comme plongeur dans un grand hôtel parisien avant de rejoindre Boris dans un restaurant tenu par l’un de ses amis russes.

Dans cette première partie du livre, Orwell découvre l’exploitation d’un sous prolétariat dans le milieu de l’hôtellerie  parisienne. Il travaille 15 heures par jour dans une grasse immonde, est mal payé et mal nourri.

Après quelques semaines de ce régime, Orwell décide de rentrer à Londres ou un ami lui a trouvé un travail. Là encore, rien ne se passe comme prévu. Il doit attendre un mois pour commencer son nouveau travail. Une période pendant laquelle, sans argent, il erre dans Londres et le nord de l’Angleterre entre différents asiles de nuit tous plus sordides les uns que les autres. Il fait de nouvelles rencontres, comme Paddy l’irlandais et Bozo un artiste de rue, qui l’initient à la vie de trimadeur. Avec eux, il découvre une société parallèle avec ses règles, son langage. Où chaque jour, il faut trouver un endroit pour dormir et dénicher le « thé et deux tartines » qui compose l’essentiel de leur alimentation.

Orwell présente son livre comme un simple récit de voyage. C’est, bien entendu, bien plus que cela. Au départ, certaines anecdotes font rire et puis au fur et à mesure de la lecture, on rigole de moins en moins. Cette immersion dans la misère nous démontre (une fois de plus) à quel point la pauvreté sert la société. Travailleur exploité puis trimardeur, Orwell fait l’expérience du dernier maillon de la chaîne du système capitaliste. Les pauvres ont leur place, celle de rappeler aux autres à quel point il est « bon » de réussir : « Nous savons bien qu’il n’est pas agréable d’être pauvre ; en fait, il s’agit d’un état si éloigné du nôtre qu’il nous arrive d’éprouver une sorte de délicieux pincement au cœur à l’idée de tout ce que la pauvreté peut avoir de pénible. Mais ne comptez pas sur nous pour faire quoi que ce soit à cet égard. Nous vous plaignons – vous, les classes inférieures – exactement comme nous plaignons un chat victime de la gale, mais nous lutterons de toutes nos forces contre toute amélioration de votre condition. Il nous paraît que vous êtes très bien où vous êtes. L’état des choses présent nous convient et nous n’avons nullement l’intention de vous accorder la liberté, cette liberté ne se traduirait-elle que par une heure de loisir de plus par jour. Ainsi donc, chers frères, puisqu’il faut que vous suiez pour payer nos voyages en Italie, suez bien et fichez nous la paix. ». 

Voilà un livre écrit en 1933 et qui reste d’actualité encore aujourd’hui.

 Dans la dèche à Paris et à Londres-George Orwell.                                                         10/18-2001-290 pages.                                                                                                       Traduit de l’anglais par Michel Pétris.

 

Chroniques, Bob Dylan

20151122_093341                                         Des mots, des notes, une guitare

L’histoire débute sur la scène ouverte d’un club en plein Greenwich Village. Nous sommes à New-York au début des années soixante. Le jeune gars qui chante, en jouant de la guitare et de l’harmonica, débarque de son Minnesota natal. Il ne s’appelle pas encore Bob Dylan.  « J’étais au point zéro de mon apprentissage, mais je n’avais rien d’un néophyte » . Chroniques volume 1 est une balade, ou plutôt une ballade, dans les souvenirs de Bob Dylan. Amoureux des mots et passionné de musique, il choisira la Folk « ces chansons que l’on tient toujours de quelqu’un » pour s’exprimer. Car Dylan, le poète, à des choses à dire sur la vie, les gens, l’amour. « Dans une chanson, vous dites parfois des choses même si elles ont peu de chances d’être vraies. Des fois, cela n’a rien à voir avec la vérité de ce que vous aimeriez dire. D’autres fois encore, c’est vrai et tout le monde le sait. En même temps vous pensez que la seule vérité sur terre est qu’il n’y en a pas ».

Premier opus de ce qui devrait être une trilogie, Chroniques est un livre passionnant. Sur le ton de la discussion, Dylan retranscrit parfaitement l’ambiance des premières années  de sa carrière. La prose est limpide, souvent drôle, parfois mélancolique. Les anecdotes sont nombreuses, les rencontres aussi : Woody Guthrie, Joan Baez ou encore Kurtis Blow. Le chapitre consacré à l’enregistrement de l’album Oh Mercy  à La Nouvelle-Orléans nous fait ressentir les difficultés que rencontrent parfois  les artistes dans le processus de création .

Pourtant, pour un néophyte qui découvre l’oeuvre de Dylan, Chroniques n’est pas forcement la meilleur porte d’entrée dans l’univers du Monsieur. Bob voyage dans ses souvenirs sans vraiment donner de repères chronologiques. De fait, je me suis sentis  un peu largué par moment et frustré de ne pas pouvoir prendre toute la mesure du récit. Le livre s’adresse  plutôt, donc, à un public qui connaît déjà le parcours et les disques. Pour les autres, il reste l’essentiel. La musique et les textes.  Quant à savoir si nous aurons un jour la chance de lire la suite des mémoires de Dylan « The answer, my friend, is blowin’ in the wind. The answer is blowin’ in the wind ».

 Bob Dylan – Chroniques volume 1 – folio – 2005 – 387 pages                                                                  Traduit de l’américain par Jean-Luc Piningre

The soul of a man, de Wim Wenders

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          The soul of a man  de Wim Wenders  est premier film de la série de  documentaire produit par Martin Scorsese sur le Blues. Les destins de Skip James, J.B Lenoir et de Blind Willie Johnson s’entrecroisent au travers d’images d’archives, d’extraits de concerts et d’interviews.

Très bien réalisé, The soul of a man est captivant de bout en bout. Willie Johnson qui est aussi la voix off du film, nous entraîne dans son époque et nous fait découvrir les origines de cette musique. Sa musique, celle des champs de coton, et de la ségrégation, celle qui résonnera dans le monde, influencera de nombreux musiciens, et trouvera un public fidèle et passionné.

Les premiers passages en radio, seront suivis par des enregistrements pour quelques malheureux dollars . Le succès et la reconnaissance viendront plus tard  comme en témoigne les nombreuses reprises de leurs classiques par toute une génération de musiciens ( Lou Reed et Nick Cave pour en citer que deux).

On est scotché par  le jeu de guitare de Willie,  le picking magique de Skip James (qui inspirera de nombreux bluesmen, à commencer par Robert Johnson), et par  le talent et l’aura de J.B Lenoir.

Les vies incroyables et émouvantes de ses trois artistes font de The soul of a man un  documentaire incontournable pour  ceux qui aiment cette musique et qui veulent en comprendre les origines.

La bande annonce sur Allociné

Last Hero Inuyashiki de HIROYA OKU

last-hero-inuyashiki-1-ki-oonPremier tome d’une série qui devrait compter quatre volumes, Last Hero Inuyashiki est le nouveau manga de Hiroya Oku à qui l’on doit notamment le très bon Gantz.

Ichiro Inuyashiki est un salaryman de Tokyo ignoré par sa femme et moqué par ses enfants. Sa vie déjà pas terrible bascule lorsqu’il apprend que, atteint d’un cancer, il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre. Un soir, alors qu’il déambule dans un parc, il est frappé par une lumière aveuglante. A son réveil, le vieux bonhomme n’est plus le même. Son corps a été modifié et le voilà transformé en Cyborg surpuissant.

Difficile de se faire une opinion sur l’histoire car ce premier tome dévoile assez peu de l’intrigue. Hiroya Oku prend son temps pour installer ses personnages. De ce fait, on apprend à bien les connaître ce qui donne de l’épaisseur à l’ensemble de l’histoire, mais assez peu de scènes d’actions. Côté dessin, c’est du grand art ! Le trait est hyperréaliste et donne des doubles pages magnifiques. Le découpage est très bon et contre balance la « lenteur » de l’intrigue et insuffle du rythme, si bien que l’on ne lâche pas le manga avant la dernière page.

Bien entendu, comme tout manga qui se respecte ce tome 1 se termine par un cliffhanger. Et on trépigne d’impatience pour lire la suite (qui vient de sortir, il me semble). Une belle découverte.